Pompoko : le succulent mariage de la fantaisie et du réel

Pompoko : un message fort transmis par les traditions ancestrales japonaises. En 1994, les studios japonais Ghibli, nous ont gratifié d’un long métrage magique et d’un message d’une grande puissance. Une fois n’est pas coutume, le chef d’orchestre n’était pas le maître Hayao Miyazaki, mais Isao Takahata. 27 ans après sa sortie, Pompoko reste, à ce jour, une merveille cinématographique. Aujourd’hui, nous t’invitons à nous suivre dans ce merveilleux univers Pompokesque.


L’histoire se déroule dans les années 60, dans la campagne japonaise, où paysans et animaux vivent en harmonie. Cependant, cette cohabitation entre humains et nature va être mise à mal par l’incroyable expansion urbaine de Tokyo. La ville gagne du terrain au détriment des forêts et des montagnes. C’est là que vivent les tanukis, un sorte de ratons-laveurs, que l’on suit durant toute l’histoire. Ceux-ci, comme le veulent les légendes japonaises, maîtrisent l’art de la métamorphose.

Tout un groupe de tanukis se réunit pour faire barrage à la disparition de leur habitat. Leur défense se traduit soit par la confrontation directe, soit par une infiltration dans le monde des humains ou encore grâce à leur don pour le transformisme… Mais tout cela sera au prix de nombreux sacrifices.

Pompoko : Du réel à l’immersion

Le thème principal de Pompoko reste axé sur une sensibilisation aux effets néfastes de l’urbanisation grandissante sur la nature alentour. Ces effets sont d’ailleurs d’actualité : dégâts des eaux, rétrécissement des fôrets, etc. Les studios Ghibli ont pris le parti de prendre un fait réel pour créer une base solide au scénario. C’est bien sûr une réussite : ce choix n’apparaît pas comme un prétexte scénaristique, pris au hasard pour la seule dénonciation des risques écologiques. L’exemple de l’expansion de Tokyo était le pertinent car il reste le plus flagrant.

Dans les années 60, ce genre de considérations n’était pas encore largement diffusé. Ainsi, Isao Takahata a dû se demander comment conter ce danger tout en mettant en scène la mythologie nippone ? C’est du point de vue des protagonistes, les tanukis, qu’il a souhaité opérer. S’ils sont représentés sous leur forme naturelle, ils sont également mis en avant sous une apparence bedonnante, un tantinet anthropomorphique, se tenant sur leur deux pattes. Une forme criante de charisme et d’humour.

Les tanukis n’ont soudainement plus l’air de ratons laveurs… – © Ghibli – Isao Takahata – 1994

Ces animaux, connus pour être serviables et discrets, sont pourtant des maîtres de la métamorphose, comme les renards, qui, eux, sont vénérés comme des dieux.

L’omniprésence de la tradition

Les studios Ghibli ont réussi la prouesse de nous transporter à la fois dans un passé réel, mais aussi dans un imaginaire incroyablement crédible : on y imagine comment la nature va réagir, notamment du point de vue des tanukis. Tous se réunissent dans ce petit temple bouddhiste dit « des Mille Bonheurs ».

Lorsqu’ils se transforment pour dérouter les humains dans leur projet destructeur, les tanukis prennent alors la forme de spectres et objets en tout genre, fidèlement à la mythologie japonaise : lampes volantes, fantômes, dragons ou statues de divinités shintoïstes…tout y passe ! Ils prennent même le risque de prendre forme humaine pour étudier les Hommes de plus près.

Se transformer en Maneki Neko…facile ! Mais pas pour tous – ©Ghibli – Isao Takahata – 1994

Du bonbon pour les oreilles

Un grand soin est apporté à l’environnement sonore : les protagonistes évoluent dans le cadre des chants d’oiseaux, du vent, mais aussi des sons de pelleteuses et de constructions folles. La tradition, aussi bien dans l’histoire, prend également une place importante côté musical. On y entend régulièrement le koto, un instrument à corde traditionnel du Japon, des Shakuhashi (flûtes japonaises) et des Taiko (percussions).

Cette ambiance sonore est particulièrement efficace lorsque les tanukis, afin de gagner de nouveau le respect des Hommes, mettent en place leurs plans pour les faire fuir de leurs forêts. Chaque scène tient sa part de réalisme sonore, et c’est délicieux.

Le film fait d’ailleurs référence à une légende du pays du soleil levant : celle de Yoichi, un jeune samouraï ayant combattu durant la bataille de Yajima, au XIIe siècle.

Tradition, musique et réel liés ne sont toutefois pas grand chose sans protagoniste.

Des personnages aussi attachants que charismatiques

Beaucoup de tanukis sont mis en scène dans Pompoko, et il est difficile de réellement définir quel est le personnage principal. Néanmoins, ils sont quelques uns à sortir du lot : Shokishi, un mâle de nature loyale, prudent n’aspirant qu’à vivre en paix, tout comme Okiyo, sa bien aimée ; Gonta, un guerrier caractériel et courageux mais gorgé de haine envers les humains ; la vieille Oroku, autoritaire et sévère, ou bien Tsurakame, le vieux sage du groupe (105 ans tout de même !).

Chacun partage le même but : défendre la forêt contre l’expansion urbaine. Mais chacun à sa manière. Chaque protagoniste suit son propre cours durant le film, sans pour autant que le spectateur ne décroche : la bataille contre les humains laisse place à quelques passages aux histoires d’amour, au désarroi de certains et la colère d’autres…

De tout ce petit monde, on en ressent toutes les émotions. Les personnages sont suffisamment bien développés pour que l’on se reconnaisse dans au moins l’un d’entre eux. Ce qui a pour effet d’être totalement immergé dans l’histoire.

Pour autant, les humains mis en scène ne sont pas réduits à de simples méchants barbares juste voués à détruire. Eux aussi ont leur raison d’être dans le film. C’est encore une fois un parti pris bien pensé, afin que la dualité soit plus profonde qu’un banal « gentils contre méchants ».

Faire peur aux humains…n’est-ce pas la meilleure méthode ? © Ghibli – Isao Takahata – 1994

Pompoko c’est de l’humour, du drame et une touche de violence nécessaire

Dans tout cela, on pourrait croire à première vue que Pompoko n’est qu’un fil continu de tristesse et d’alarmisme…il n’en est rien ! Même si le message est fort, Ghibli sait tout de même garder leur sens de l’humour et mettre des touches de gaieté. En effet, les tanukis chantent, dansent et rient ensemble, notamment lorsqu’ils fêtent une petite victoire face aux humains. On s’autorise même une petite ivresse…

Il est une chose qui marquera les plus bêtas d’entre nous : les tanukis peuvent également transformer à leur guise…leurs bourses ! Cela peut être aussi bien un tapis qu’un grand bateau. Si nous, les hommes savions faire cela…

À côté de tout cela, Pompoko n’hésite pas à être explicite dans le drame. Il est clair que leur combat contre les humains, allant même jusqu’à mobiliser des troupes armées, ne pouvait se faire sans pertes. Il y a du sang bien sûr, et certains personnages, parmi les principaux, perdent la vie, au même titre que certains humains durant des offensives antérieures.

De l’humour, il y en a, mais du drame aussi © – Studios Ghibli – Isao Takahata – 1994

Enfin, la démarche globale est sans nul doute tournée vers une pointe de sensibilisation à la protection de la nature, ce qui est d’ailleurs explicitement mis en scène à la toute fin du film. Ce n’est pas pour autant que Pompoko tombe dans le catastrophisme béat et la culpabilisation sournoise et maladroite du commun des mortels.

Il ne s’agit pas d’une démarche militante, mais d’un véritable conte, qui mêle tous les bons ingrédients d’un film. S’il n’est pas parfait, Pompoko est proche du sans-faute. Deux heures d’une animation époustouflante, d’une histoire prenante et de fantasie. Du grand Ghibli en somme !



Notre culture cinématographique, en France, n’est en rien comparable. En revanche, sur le génie scénaristique, il est peu dire que le CNC pourrait prendre quelques notes. Car des bijoux comme ça, on en mange sans faim !

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