Cette critique-ciné est celle de la délivrance. De la tant attendue réouverture des salles obscures à Limoges et partout en France. Cinéphile enthousiaste et assidu, j’ai bravé la météo aléatoire de ce 19 mai 2021, pour me lover, enfin, dans ces sièges rouges privés de leurs spectateurs depuis 6 longs mois. Aujourd’hui, nous allons vous parler de Garçon chiffon, un film de Nicolas Maury.
Nicolas Maury, France, 1h50
Genre : Comédie
Je suis parti à la découverte de Garçon chiffon. Un film de Nicolas Maury, acteur essentiellement connu pour son rôle d’assistant dans la série Dix Pour Cent. Il réalise ici son premier film, sorti en octobre 2020.

Un engouement mitigé…
C’est le même état d’esprit que je garde pour le film de Nicolas Maury. Pendant 1h50, nous suivons, avec un peu d’effort, les tribulations de Jérémy Meyer. Ce jeune trentenaire est tiraillé entre sa carrière de comédien au creux de la vague et son couple homosexuel qui ne se porte pas beaucoup mieux.
Mais le problème principal de notre faux rouquin rêveur et tourmenté, c’est sa Jalousie. En effet, le jeune homme ne peut pas passer une journée sans contrôler les faits et gestes de son compagnon, Albert (Arnaud Valois), vétérinaire à Paris. Le comédien désœuvré va jusqu’à suivre une thérapie de groupe. Thérapie dirigée par une thérapeute plus crispante que conciliante, jouée par Isabelle Huppert. Celle-ci va jusqu’à installer des caméras espions au domicile conjugal, pour épier les moindres oscillations comportementales de son amoureux. Côté carrière, Jérémy essuie un refus de collaboration très sec, de la part de son réalisateur fétiche, campé par un Jean Marc Barr, pas au top de sa forme dramatique, qui invoque une rupture amoureuse avec une fille rencontrée 6 mois avant.
Après une scène de crise de jalousie, à l’argumentaire peu ragoutant (du sperme non sêché sur un t-shirt que trouve Jérémy dans leur appartement), Albert, excédé, met Jérémy à la porte avec le minimum syndical. Et cela en lui assénant un « Tu jartes ! » froid et sans retour.
C’est alors que Jérémy, sans le sous, et sans dessus-dessous part rejoindre en catastrophe, sa mère Bernadette (Natalie Baye) dans son Limousin natal. C’est dans l’espoir de se reconstruire et d’oublier Albert qu’il prépare une nouvelle audition, qui pourrait changer sa vie.
Un film qui traînnnnnne en longueur….
Si on peut reprocher au film de mettre du temps à trouver son rythme, on peut néanmoins saluer le fait que Nicolas Maury décrit une certaine réalité du monde du cinéma et du show business. Jérémy semble aller mal mais tous les gens qu’il fréquente du milieu sont plus ou moins torturés et névrosés. A commencer par sa « productrice » Sylvie , jouée par une frénétique (voire hystérique) Laure Calamy. Celle-ci veut à tout prix être coachée pour un rôle. Revient alors cette question existentielle, trop brièvement traitée « Vais-je mal ou tout va-t-il mal autour de moi ? ». Le film aurait pu s’amputer sans problème d’une petite demi-heure dans son copieux 1h50. L’œuvre a tendance à s’égarer un peu en divagations sentimentales stériles et en dialogues atones, filmés avec un flegme qui peut faire soupirer.
Un début prudent mais prometteur.
Néanmoins, Nicolas Maury, qui joue le rôle principal de son propre film, n’aura pas volé son césar du meilleur acteur. En effet, son personnage oscille entre l’amoureux éconduit et le poète maudit. On voit là tout le potentiel de cet ancien du Conservatoire Nationale Dramatique de Paris. Et c’est justement ce qui fait la force et la faiblesse de cette fable. Un peu naïve et inoffensive qui s’interroge sur le pourquoi et le comment des relations humaines.
Si le thème de la jalousie n’est pas vraiment creusé de manière concrète, le tout se laisse regarder sans trop de peine. Qui plus est dans nos jolis décors de la Haute Vienne, pas trop mal restitués à l’écran. Et Natalie Baye, en mère protectrice, devient un atout du film, trop peu exploité. On peut être indulgent avec Nicolas Maury et lui concéder l’excuse du « Premier film ». Celui-ci esquissant timidement la douloureuse question de la maturité sentimentale, sans jamais s’y attaquer frontalement.

Nicolas Maury reste tout de même un réalisateur prometteur (le film a des accents surréalistes par moments), qui reverra sans doute ses futures copies, plus courtes et plus concises, pour faire d’un cinéma un peu trop contemplatif, des vraies comédies de mœurs plus « salées ». Un peu comme nos chers galétous et pâtés de pomme de terre-viande.
Un article écrit par :
Très réactif et surbooké actuellement, je suis le rédacteur-en-chef du média. En ce moment, Mercure rétrograde, on arrête pas de le dire, il n'y a plus de saisons ma bonne dame !




