A l’arrivée d’Halloween, le monde se peuple de créatures de toutes sortes dans les médias en passant des contenus jusqu’aux costumes. Mais moi, je souhaite vous faire voyager vers le monde merveilleux du Japon. Ce pays connu pour sa fantaisie accueille les Yōkai, partie intégrante de son vaste folklore. On les retrouve aussi en Chine ou en Corée sous le nom de Yokwe.
Premièrement, le nom Yōkai (妖怪) est dérivé du terme chinois Yaoguai qui veut dire « monstre étrange ». Cela équivaut aux démons, monstres, phénomènes surnaturels ou fantômes. L’écriture en kanji, alphabet chinois et appliqué en langue japonaise, expose l’aspect bizarre et extraordinaire.
Ils sont aussi appelés parfois par d’autres noms comme mononoke (物の怪?), ou mamono (魔物?). Mononoke décrit quelque chose qui ne s’explique pas.
Leur typologie
Il existe multitude de catégories de Yōkai :
- Oni (鬼) : sortes d’ogres de plusieurs couleurs. Leurs têtes sont ornées de cornes et leurs bouches portent de grandes dents. Il est fréquent de les trouver dans les montagnes. Lors de dommages importants causés, par exemple, lors d’une destruction, ils descendent avec de grandes épées. Pour la nouvelle année, notamment au nord du Japon, on fait peur aux enfants désobéissants grâce à un rituel dans lequel les habitants revêtissent des masques Oni.

- Tengu (天狗) : gobelins à la forme de corbeau possèdant un visage rouge et un long nez. Souvent dotés d’une faculté pour les arts martiaux, ils sont également pourvus de pouvoirs magiques.

- Yurei (幽霊): fantôme à l’apparence cadavérique en kimono, avec un aspect flottant ainsi que de cheveux longs et noirs.

- Tsukumogami (付喪神 or つくも神) : objets inanimés qui, lorsqu’ils ont servi pendant au moins 100 ans leurs possesseurs, acquièrent une âme et deviennent vivants et conscients.

- Kappa : diablotin amphibien qui aime entraîner les gens et les animaux dans l’eau.

- Ayakashi (アヤカシ) ou Ikushi: apparaissent au-dessus de l’eau.

- Yōkai humains : deviennent Yōkai après des émotions conséquentes comme la jalousie.

- Yōkai avec des habitudes spécifiques : par exemple, le lèche-crasse.

- Les Yōkai animaux : tanuki (狸, たぬき) (esprits de la forêt), obake(お化け) /bakemono (化け物) (polymorphe), kitsune

Leur histoire
En Chine, au 1er siècle, un livre, appelé Xún shǐyún (Après l’histoire), évoque le Yao guai (événement dépassant l’intelligence humaine). Il fait alors référence à « un spectre » qui résidait depuis un certain temps à la Cour impériale.
En 772, un premier texte d’histoire du Japon est réalisé, il s’appelle Shoku Nihongi. Dedans, est évoqué, entre autres, les mythes de la création et la légendaire préhistoire du Japon. Ainsi, on retrouve les premières mentions aux dieux, démons et autres créatures bizarres du folklore japonais. Il y a également des références aux problèmes qu’ont provoqué les Yōkai à la cour. A cette période, le mot signifie des phénomènes bizarres.

A l’époque du Japon ancien, les fantômes restent sans forme et invisible. C’est seulement plus tard, comme nous le verrons, que les monstres et les esprits des histoires sont représentés visuellement à travers des peintures et des énormes encyclopédies illustrées de contes étranges et d’histoires surnaturelles.
Au Moyen-âge japonais, au 11ème siècle le terme mononoke apparait.
Le monde des Yōkai évolue à la période Edo au 17ème siècle. Les histoires de tout cet univers deviennent populaires. En effet, avec le développement conséquent de l’imprimerie et de publications variées, les Yōkai sont d’autant plus accessibles au public. Cela passe alors par les tout premiers bestiaires comme celui de Toriyama Sekien (1781) qui a rassemblé les mythes et histoires orales du Japon rural pour la population urbaine florissante et en a profité pour rajouter de nouveaux monstres. On retrouve également les recueils de contes hyaku monogatari (Cent contes). L’ouverture de lieux contribue à cette popularisation avec les librairies kashi-hon qui louaient de telles œuvres. (Malheureusement, cela développa l’idée que les Yōkai étaient les mêmes partout au Japon).

Les Yōkai, qui représentaient jusqu’à présent les maux d’une population, se sont vus attribuer de nouvelles caractéristiques. D’ailleurs un grand questionnement philosophique s’est posé à cette époque, veillant à définir si les Yōkai existaient vraiment ou s’ils étaient une « représentation de nos sentiments venant de la peur » (Bakemono chakutocho, 1788, Masayoshi Kitao).
De plus, toute cette culture désormais popularisée s’est vite étendue à d’autres points de la culture japonaise. En passant par les beaux-arts avec de nouvelles représentations d’artistes de ukiyo-e (estampes japonaises) tels que Hokusai jusqu’au théâtre japonais (théâtre No). Ainsi, les Yōkai sont découverts et sont quelquefois estimés comme des divinités comme le kitsune qu’on a rapproché de la divinité shinto Inari.

La restauration de Meiji (1868) est dévastatrice pour le folklore traditionnel japonais. Les Japonais se modernisent et s’occidentalisent. Ils deviennent embarrassés par leur passé superstitieux, d’autant plus avec le développement de la pensée scientifique. Ainsi, beaucoup de contes, chansons et autres furent perdus. Cependant, un nouveau folklore émerge avec l’inspiration occidentales comme Godfather Death des frères Grimm qui entraîne les shinigami (divinités de la mort, représentées notamment dans des spectacles littéraires classiques, les rakugo, entre autres, par l’auteur San’yūtei Enchō) ou de l’opéra italien Crispino. Heureusement, certains folkoristes continuent de publier, ce qui empêche la disparition de la culture populaire.

Avant la Guerre, le kamishibai ( théâtre d’images) permet de ramener les monstres sur le terrain.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Shigeru Mizuki introduit Gegege No Kitaro, ce qui a permis de populariser d’avantage les Yōkai. Le surnaturel redevient plaisant. Par la suite, les artistes ont créé une succession de mangas et d’animés télévisés petit à petit.

Dans les années 70, c’est la publication de livres présentant les Yōkai. (du livre enfantin d’horreur à l’encyclopédie). Néanmoins, c’est surtout une période où des auteurs comme Arifumi Sato représentent beaucoup de nouveaux Yōkai.
Aujourd’hui, ce folklore mixte entre ancienneté et modernité perdure. Ils servent, par exemple, à redynamiser plusieurs régions comme attraction touristique. A ce titre, à Kyoto, on utilise maintenant un machiya (maison traditionnelle) rénovée pour effectuer des visites, avec comme guide le propriétaire, afin de présenter les Yōkai de la ville. De plus, ils sont présents à travers des jouets et des jeux comme le sugoroku (semblable à notre jeu du serpent et de l’échelle : une sorte de jeu de l’oie), le karuta (jeu de carte) ou le pogs (des petits ronds comme des cartes à collectionner). Les Yōkai sont désormais perçus comme beaucoup plus bienveillants.

Dans les religions
Du côté de la religion, on les retrouve surtout du côté du jigoku, l’enfer bouddhiste. Les Yōkai peuplent ce côté obscur au côté de Enma, le démon. Par exemple, le Tengu est une représentation parfaite de l’ennemi typique de Bouddha.
En outre, dans le Bouddhisme Shingon (principale école de la religion), le tsukumogani est un concept populaire.
Les Yōkai prennent racine dans le Shintoïsme et dans le Taoïsme. Dans le Shintoïsme, les personnes vénèrent des esprits appelés kami qui résident dans des objets naturels et influencent la vie des gens. Le Taoïsme indique qu’un même objet peut avoir deux aspects : comme le ying et le yang qui change selon l’énergie dégagée. Appliquée au Shintoïsme, les kami peuvent avoir un aspect positive (migi) ou négatif (arami). Ainsi, un kami peut devenir un Yōkai si on ne le célèbre ni respecte correctement.
Dans les médias
Comme indiqué précédemment, les Yōkai sont présents dans la culture de l’animé et des mangas au Japon.
En voici quelques-uns :
- Mob Psycho 100 (anime et manga) : chasseur de Yokai
- Yokai Watch (développé en animé, en jeu-vidéo et en jouet) : les Yōkai sont tout doux.

Dans le même genre, notre cher studio Giblio développe le thème également :
- Pompoko avec les tanukis, kitsune, Chōchin-obake (lanterne), Yurei, akaoni + aharoni (gardiens de la porte des enfers), renards, karakasa (parapluie), kabuki , daruma, tengu, tsukumogani, nuppeppo, Tsurube–Otoshi

- Le voyage de Chihiro avec le pied géant, kasugasama (masque + vêtement traditionnel), Ushi-Oni (araignée), shikigami (oiseau de papier), kashira (les trois têtes), koanashi (sans-visage)

- Princesse Mononoke avec les esprits de la forêt.

Je souhaitais vous partager cet univers très vaste. Sachez qu’il existe plus d’une centaine de Yōkai différents que je vous invite à découvrir. Personnellement, j’aime beaucoup le inugami ou le haradashi que je vous recommande fortement ! Et vous, quel est votre Yōkai préféré ? Dites moi en commentaire !

