Un doux moment de lecture © wallpaperaccess

Explorons l’univers de la bibliothérapie

“Un grand livre commence longtemps avant le livre.”

De Christian Bobin / Une petite robe de fête

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la bibliothérapie. Mais avant cela, je vous emmène à réfléchir par cette citation. Qu’est-ce qu’elle évoque ? Que signifie-t-elle ? Eh bien, pour moi, c’est simple. N’importe quel ouvrage demande de vivre avant d’être créé. Oui. Je pense que l’on vit les livres avant même de commencer à les écrire. L’histoire germe dans l’esprit, fait son bout de chemin et éclot par la main de son compositeur. Mais pas seulement. Il faut avoir vécu aussi pour créer de bonnes histoires. Et je pense aussi qu’une histoire est bonne quand le chemin pour l’écrire fut intéressant, enrichissant afin d’ensuite pouvoir enrichir l’autre, le lecteur. Cet inconnu à qui on laisse une bouteille à la mer dans l’espoir qu’il l’attrape et lise son contenu. Un livre peut donc être thérapeutique autant pour son créateur que pour son lecteur. Et c’est ce dont j’aimerais parler aujourd’hui.

Littéralement dévorer un livre avec ses mains. – © shutterstock

Mais… Qu’est-ce que la bibliothérapie ?

Encore un joli mot, me direz-vous. Celui-ci évoque la lecture comme remède. L’objet devient alors un outil de soin, élément clé de liaison entre le thérapeute et le patient. En d’autres termes, l’ouvrage permettrait d’apaiser certains troubles de la santé mentale ou de renforcer un bien-être psychologique déjà présent.

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est qu’aujourd’hui le mot thérapie a plusieurs sens. Il peut s’agir d’un remède permettant de guérir une personne malade ou d’une thérapie tournée vers le mental : le psychothérapie.

Cela peut vouloir dire que la bibliothérapie est soit une pratique complète qui aide des personnes nécessitant un soin, soit un outil pour allier une psychothérapie classique avec un regard neuf par d’autres biais ou du moins d’autres pistes pour le patient.

D’où cela provient la psychothérapie ?

Il faut savoir que la pratique n’est pas toute jeune et qu’elle est le reflet de plusieurs domaines entrecroisés :

  • Une des plus vieilles bibliothèques connues à ce jour est celle du Ramessum, le temple consacré à Ramsès II où fut jadis Thèbes. Son fronton arborait l’inscription : « La maison de la guérison de l’âme ». En effet, les ouvrages de l’époque concernaient plutôt la médecine et des manuscrits magiques.
  • La philosophie grecque, démarche de réflexion sur le monde et la vie, devait assurer une bonne santé mentale par l’utilisation de la raison et d’une pensée structurée. Ce qui jure avec les affects liés au désir et à la passion dues à une mauvaise gestion des émotions. Le raisonnement alors est thérapeutique. Allier lecture, écriture et réflexion permet de conserver une santé de l’esprit. En ce temps, Aristote a d’ailleurs évoqué que le livre était cathartique. Autrement dit, l’œuvre permet de se purger de ses passions. (Aujourd’hui, le terme « catharsis » signifie également le fait d’extérioriser les crises émotionnelles du patient afin de pouvoir y trouver une solution).
  •  Certaines religions ont pratiqué la prescription de textes sacrés à lire afin d’aller mieux. Ainsi, l’hôpital du Caire soumettait le Coran comme traitement médical dès le 13ème siècle.
  • Montaigne, au 16ème siècle, déclare que la seule thérapie durant toute la vie est la « compagnie des livres ».
  • Au 18ème siècle, de plus en plus de bibliothèques florissent dans les hôpitaux et les centres psychiatriques.
  • John Stuart Mill, au 19ème Siècle souligne l’effet que lui procure la poésie, notamment celle de Wordsworth, pour apaiser ses récurrents moments dépressifs.
  • Au XXème Siècle, en particulier en 1905, Marcel Proust rédige Sur la lecture. Il y évoque que les personnes atteintes de ce que nous appelerons maintenant une dépression majeure ou modérée pourraient bénéficier de la lecture. En effet, l’inertie cérébrale qui défait l’individu de toute volonté pourrait être apaisée par une « impulsion d’un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude ».
  • Après la Seconde Guerre Mondiale, la bibliothérapie fait réellement surface. De ce fait, les livres permettaient de calmer quelque peu les troubles post-traumatiques des soldats. Ils étaient ainsi utilisés par les médecins et libraires de l’hôpital militaire en Alabama. Mais ce n’est que lorsque Sadie Peterson Delaney, une infirmière américaine, rentre dans le processus que les choses s’accélèrent. Découvrant rapidement que les ouvrages permettent de s’échapper d’un quotidien certain et de se sentir moins seul, elle réalise en tant qu’infirmière au Veterans Administration Hospital de Tuskegee en Alabama que la lecture améliorait de manière plus positive la santé de certains patients. La bibliothérapie était alors nommée « le traitement des patients grâce à des lectures sélectionnées ». Une équipe médicale et un bibliothécaire présent lors des réunions choisissaient avec soin les ouvrages. Sa pratique se développa à tel point qu’une émission de radio en fût créée et des premières recherches en la matière firent surface.

Sadie Peterson Delaney, cette femme incroyable – © topaz, love for livres

Les années 50 virent un intérêt certain pour ce domaine grâce à des recherches dans des secteurs variés. (social, infirmier, enseignement…)

En 1961, son nom et sa définition apparaissent dans le Webster International :

« la bibliothérapie est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie ; et un moyen pour résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée ».

Webster international

Une certaine légitimité se dégage. Dans la décennie qui suit, une multitude d’expérience voit le jour. Les bibliothécaires hospitaliers d’Amérique et d’Europe veulent démocratiser cette pratique dès les années 80. Il faudra attendre les années 2000 pour que la pratique soit institutionnalisée, notamment grâce à des chercheurs d’Angleterre avec des organisations telles que The Reader en 1994 ou la fondation pour la bibliothérapie Re-Lit du Royaume-Uni en 2004.

D’accord… Mais en France ?

La bibliothérapie reste assez méconnue en France. Elle se dégage d’autres méthodes grâce à 3 œuvres principales et l’unique thèse sur le sujet:

  • BIBLIOTHÉRAPIE. Lire c’est guérir de Marc-Alain Ouaknin (1994)
  • ÉLOGE DE LA LECTURE. La construction de soi de Michèle Petit (2002)
  • La bibliothérapie en médecine générale : thèse de Pierre-André Bonnet sur les effets qualitatifs qu’entraîne le fait de lire (2009)
  • LES LIVRES PRENNENT SOIN DE NOUS. Pour une bibliothérapie créative de Régine Detambel (2015)

Autant dire que nous sommes loin derrière les anglais… En effet, ces derniers proposent depuis cette année un programme par la Reading Agency (organisme caritatif) permettant la prescription d’un abonnement en bibliothèque avec quelques ouvrages en suggestion.

Et l’efficacité de ce traitement ?

Ce que l’on observe grâce à la thèse de Pierre-André Bonnet, c’est que 80% des 64 médecins généralistes enseignants des facultés de Nice et de Marseille n’ont pas connaissance de la bibliothérapie. On voit déjà à quel point la discipline reste assez méconnue en France. Néanmoins, une majorité reste convaincue que la lecture peut aider le soin et 54% auraient déjà suggéré un livre en consultation. Les craintes résident dans la méconnaissance du traitement à travers une perte de crédibilité et une non-acceptation de la discipline pour des difficultés financières ou intellectuelles. Il est à noter cependant qu’une majorité écrasante (90%) des 590 individus questionnés serait prête à acheter un livre conseillé par un médecin de référence. 59 % disent avoir déjà consulté un livre qui leur a été bénéfique pour leur bien-être psychologique.

Mais moi, qu’est-ce que je pense de la bibliothérapie ?

J’ai choisi de vous parler de ce sujet parce que c’est bien trop méconnu et pourtant commun. C’est au final un mot sorcier pour quelque chose que l’on fait déjà mais de manière moins poussée.

Je n’ai pas encore assez de recul pour voir les effets au long terme. Mais pour l’instant ça me fait du bien. Ca pose des mots exactement là où j’en ai besoin. C’est remuer le couteau dans la plaie pour mieux la panser par la suite. Je lis des thèmes qui me poussent dans mes retranchements mais je sens que c’est nécessaire afin de ressentir les effets. Cela me permet de me confronter à mes peurs les plus profondes. Et je pense que c’est nécessaire dans une thérapie pour éviter le travail superficiel. J’avais juste décidé de commencer parce que j’associais alors mon amour des livres avec un soin personnel et au final je ne suis pas déçue.

Un livre à conseiller avant de partir ?

Un livre qui m'a bouleversé © amazon
Un livre qui m’a bouleversé © amazon

Si le sujet de la dépression vous intéresse, je vous conseille Rester en Vie de Matt Haig. C’est un livre que j’ai trouvé dans un ouvrage sur la bibliothérapie. L’auteur a su poser des mots sur ce qu’il a vécu autant mentalement que physiquement à travers sa maladie avec parfois des côtés très sombres et d’autres plus humoristiques. Moi qui suis passée par là, j’avais besoin de voir ces mots dits par un autre sur le papier, de me sentir moins seule, de dédramatiser. Alors je vous le recommande vivement.

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